Vous venez de recevoir une décision de l'administration et vous vous demandez combien de temps il vous reste pour la contester ? C'est le bon réflexe : en contentieux administratif, le délai est la première chose à vérifier. Une décision parfaitement contestable devient inattaquable une fois le délai expiré, quelle que soit la solidité des arguments.
Cette page vous donne les règles essentielles. Mais chaque situation a ses particularités : en cas de doute, faites vérifier votre délai rapidement, la consultation prend moins de temps que le délai n'en laisse.

Le principe est simple : vous disposez de deux mois pour saisir le tribunal administratif, à compter de la notification de la décision (pour une décision individuelle) ou de sa publication (pour un acte réglementaire).
Deux mois, c'est court : le temps de comprendre la décision, de réunir les pièces, de construire une argumentation et, souvent, de tenter d'abord une démarche amiable. C'est pourquoi la question du délai se pose dès le premier jour, pas la dernière semaine.
Le délai ne court que si la notification comporte la mention des voies et délais de recours. Si la décision ne vous dit pas devant qui et dans quel délai la contester, le délai de deux mois ne vous est pas opposable.
Attention toutefois à la fausse bonne nouvelle : même en l'absence de ces mentions, le juge considère qu'on ne peut plus contester une décision au-delà d'un délai raisonnable, fixé en principe à un an à compter de la notification ou de la date à laquelle il est établi que vous en avez eu connaissance. Une notification irrégulière donne du temps ; elle n'en donne pas indéfiniment.
Vous avez formé une demande et l'administration ne répond pas ? Son silence fait naître une décision implicite, en principe au bout de deux mois. Selon les cas, ce silence vaut acceptation ou rejet : la loi pose le principe de l'acceptation, mais les exceptions sont si nombreuses (réclamations et recours administratifs, demandes financières, relations entre l'administration et ses agents, notamment) que le rejet reste la règle dans la plupart des contentieux.
En cas de rejet implicite, un nouveau délai de deux mois s'ouvre pour saisir le juge. Et si une décision explicite de rejet arrive ensuite, elle fait repartir le délai. Le calcul devient vite technique : c'est précisément le genre de vérification qu'un avocat sécurise en quelques échanges.
Former un recours gracieux ou hiérarchique dans le délai de deux mois interrompt celui-ci : un nouveau délai complet repartira à compter du rejet, exprès ou implicite, de ce recours.
Mais cette protection ne joue qu'une fois : un second courrier après un premier rejet ne rouvre rien, et la réponse qui lui serait faite ne serait que confirmative. C'est l'une des raisons pour lesquelles ce recours, qui ne se tente utilement qu'une seule fois, mérite d'être construit avec soin.
Les délais spéciaux : dans certaines matières, le délai est bien plus court que deux mois, parfois quelques jours (contentieux électoral, certaines décisions en droit des étrangers, référés en matière de contrats publics). Ne présumez jamais du délai de droit commun sans vérifier ;
La computation : le calcul du point de départ et du terme obéit à des règles précises (délai dit « franc ») ; se tromper d'un jour peut suffire à perdre le recours ;
Les fausses sécurités : écrire à l'administration pour « demander des explications », payer en signalant son désaccord ou attendre une hypothétique réponse ne conserve aucun délai. Seul un véritable recours, administratif ou contentieux, produit un effet.
Si le délai de deux mois semble expiré, plusieurs pistes méritent d'être examinées avant de renoncer :
La notification était peut-être irrégulière (mentions absentes ou erronées), ce qui peut rouvrir la discussion dans la limite du délai raisonnable ;
Une nouvelle demande à l'administration peut, dans certaines situations, faire naître une nouvelle décision contestable ;
L'action indemnitaire, qui vise la réparation du préjudice et non l'annulation, obéit à ses propres règles de prescription, plus longues.
Aucune de ces pistes n'est automatique : chacune dépend étroitement des circonstances, et seule une analyse du dossier permet de dire ce qui reste possible.
Dater précisément la notification, vérifier ses mentions, identifier le régime applicable et poser la stratégie (recours administratif d'abord, ou saisine directe du juge, ou les deux) : c'est l'affaire de quelques jours, pas de quelques semaines.
Contactez le cabinet avec la décision et son enveloppe ou son courriel de transmission : la vérification du délai est l'un des premiers points traités, et votre assurance de protection juridique peut prendre en charge l'accompagnement.